Fondée en 1983, la Ligue contre la violence routière agit pour
que la plus meurtrière des délinquances en France soit traitée
avec la gravité qu'elle mérite. Organisée en associations
départementales, elle interpelle tous les acteurs de la sécurité routière:
ministres, élus, préfets, maires, élus, constructeurs
automobiles, conducteurs de poids lourds, automobilistes, motocyclistes.
Nous savons tous que l'insécurité routière entraîne beaucoup de souffrance et des milliers de victimes. En 2007 il y a eu encore 81272 accidents corporels, plus de 90000 blessés et 4620 tués.
Nous savons moins que l'insécurité routière entraîne un gâchis économique considérable. En 2007, 25,4 milliards d'euros sont partis en fumée pour soigner les blessés, dédommager les victimes et réparer les dégâts matériels des accidents. (Réf 1) .)
Il y a quelques années dans l'agglomération orléanaise, mais cela aurait pu se passer dans n'importe quelle autre ville, un piéton âgé se fait renverser par une moto sur un passage zébré.
L'article de presse qui relate l'événement précise que le piéton et le motard ont d'abord eu un moment d'hésitation puis que le motard a réaccéléré au moment où le piéton reprenait sa marche. L'accident devenait inévitable. La moto a percuté le piéton de plein fouet et l'a traîné sur une quarantaine de mètres.
Nous avons déjà montré dans une précédente rubrique, combien il était important d' « être vu » par les autres usagers de la route. C'est la clef de la sécurité pour vos enfants sur le chemin de l'école et dans leurs déplacements et ceci tout particulièrement quand ils sont piétons ou cyclistes.
L'analyse détaillée des accidents a permis d'établir que 90% de ceux-ci étaient dus à des fautes de comportement.
Ici même, nous avons souvent repris cette information pour justifier une politique active de sensibilisation et de contrôles.
Devant cette constatation, ne convient-il pas de prendre un peu de recul et de s'interroger : un système pour lequel 90% des dysfonctionnements sont liés à des fautes humaines est-il un système adapté à l'homme ?
Savoir appréhender les distances d'arrêt de son véhicule en fonction de la vitesse, apprécier les intervalles de sécurité, évaluer la distance de visibilité ne s'apprennent vraiment qu'avec l'expérience de la conduite. A condition naturellement d'avoir la volonté de s'informer et de se corriger.
L'alcool est, avec la vitesse, l'un des facteurs les plus importants de l'insécurité routière. Le fait est massif : les 2% à 3% de personnes qui conduisent en état d'alcoolémie sont encore responsables de près de 30% des accidents mortels.
Apprendre la rue aux enfants, c'est, dans l'immédiat, leur permettre de se rendre à l'école en sécurité. A plus long terme, c'est les familiariser au sens de la loi et au respect des autres usagers.
Ce n'est donc pas sans raison que l'Education Nationale a inscrit la formation à la sécurité routière dans le cadre de l'instruction civique.
Parmi les mesures de sécurité routière prises par les Gouvernements successifs, l'obligation du port de la ceinture de sécurité aux places avant en 1973 puis aux places arrières en 1990, est sans doute celle qui a permis de sauver le plus de vies sur la route.
Contre toute logique et alors que ce geste qui sauve ne coûte rien, il se trouve encore 6% d'usagers, principalement aux places arrières, qui négligent d'attacher leur ceinture. Sur autoroutes, ces 6 % constituent 30 % des tués.
L'alcool est , avec la vitesse, l'un des facteurs les plus impor-tants de l'insécurité routière. Le fait est massif : les 2% à 3% de personnes qui conduisent en état d'alcoolémie sont encore respon-sables de près de 30% des accidents mortels.
Après un accident, les enquêteurs s'attachent à établir l'arbre des causes, c'est à dire tous les facteurs et leur enchaînement qui ont pu concourir à son apparition ou contribuer à sa gravité.
C'est souvent la conjonction de plusieurs facteurs qui « produit » l'accident : le comportement du ou des usagers, la configuration et l'état de l'infrastructure, l'environnement et les caractéristiques des véhicules. (Notons au passage qu'un facteur d'accident n'implique pas nécessairement une faute. La pluie ou le brouillard, par exemple, peuvent être facteur d'accident sans que l'on puisse y attacher une responsabilité. La faute incombe alors à l'usager qui n'a pas pris en compte les conditions atmosphériques dans sa façon de conduire).
A la lumière de récents accidents tragiques, il n'est pas inutile de réfléchir sur la meilleure façon de concilier l'usage du téléphone mobile et la sécurité de la conduite. Nous avons tous observé des conducteurs, en grande conversation, un air penché l'oreille sur le portable, hochant la tête, riant aux éclats ou prenant un air grave. A t-il encore, à ce moment là, l'esprit à la conduite ?
La route et la rue sont des espaces à partager.
Les usagers qui les empruntent sont divers par leur âge, leurs préoccupations, leurs conditions sociales ou professionnelles.
Certains sont pressés, d'autres flâneurs, habiles ou hésitants, habitués ou étrangers. Tous ont droit à emprunter les mêmes infrastructures.
Le code de la route est la règle de base, le minimum social qui permet à chacun de se déplacer dans cet espace commun avec une certaine garantie de sécurité. Il ne suffit pas toujours.
Avec les départs en vacances, beaucoup vont utiliser les autoroutes qu'ils pratiquent rarement. Voici quelques conseils de base, toujours valables, mais qu'il convient de respecter plus particulièrement en période d'affluence.
Un tiers des accidents corporels a lieu la nuit, et ils représentent près de la moitié du nombre de tués. Pourtant le trafic y est quatre fois plus faible. Fréquence d'accident plus grande, gravité accrue, le risque d'être tué sur la route est quatre fois plus grand de nuit que de jour.
En dehors des tempêtes, on n'a jamais vu d'arbres traverser les routes. Ils ne sont donc pas responsables des accidents qu'on leur impute parfois.
Pourtant de nombreuses sorties de route se terminent dramatiquement contre un arbre. Pour la France, en 1999, 849 personnes ont ainsi trouvé la mort. Les ¾ auraient été sauvées si l'obstacle avait été une glissière. La gravité des accidents contre arbres, (24,2 tués pour 100 véhicules impliqués) est quatre fois plus élevée que celle des accidents contre glissières (6,4 tués pour 100 véhicules impliqués) et 8,6 fois plus élevée que celle des accidents par collision.
Il est une tradition dans notre pays : nombreux sont nos concitoyens qui tirent à boulets rouges sur les Pouvoirs Publics dès l'annonce de mesures nouvelles destinées à combattre l'insécurité routière.
Délinquance urbaine et délinquance routière ressortent d'un même état d'esprit (volonté de nuire en moins): mépris de la loi, mépris de l'autre.
On ne luttera pas efficacement contre l'une sans lutter efficacement contre l'autre.
A l'école, les cours d'instruction civique et toute l'attention éducative du corps enseignant doivent permettre d'enseigner que toute vie en société implique le respect de l'autre et l'observation d'une règle. C'est vrai en classe, dans une cour de récréation, sur un terrain de foot ou sur la route.
Dans les quartiers, dans les rues et sur les routes, la présence des policiers et des gendarmes permet de rappeler le respect de la loi. C'est le même agent qui peut rendre plus paisible la vie du quartier, rassurer les habitants et veiller au bon respect du code de la route.
Les victimes ne sont pas toujours, et loin s'en faut, responsables de l'accident qui leur a ôté la vie ou qui les a blessé gravement. Elles sont souvent victimes innocentes de l'imprudence d'un autre usager ou de son comportement coupable. C'est pour cette raison, qu'après un accident, les familles des victimes veulent savoir, connaître la vérité sur les causes et aussi sur les responsabilités.
Chaque mois, en France, 180 jeunes de 15 à 24 ans meurent à la suite d'un accident de la route. Autrement dit, chaque mois, c'est l'effectif de six classes qui disparaît. C'est aussi plus de 26 % des tués pour moins de 15 % de la population.
A la maison, à l'école ou dans un club de sport, les enfants évoluent dans un espace protégé où tous les adultes sont particulièrement attentifs.
Dans la rue, les enfants sont brutalement plongés dans un univers hostile. Ils y côtoient des adultes indifférents, le plus souvent protégés par la carrosserie de leur voiture et qui ont bien d'autres préoccupations que de leur préter attention.
L'obligation du port de la ceinture de sécurité, (en 1973 pour les places avant et en 1990 pour les places arrière), a fait reculer l'un des principaux facteurs de mortalité sur la route. Qu'en est-il aujourd'hui ?
Nous avons vu que, pour faciliter un dépassement, il pouvait être utile d'accélérer momentanément1.
C'est le bon usage de la réserve de puissance. La capacité d'accélération rentre dans la panoplie des manœuvres d'urgence mises à la disposition des conducteurs au même titre que le freinage ou l'évitement.
Il s'agit bien d'une possibilité de manœuvre à réserver aux cas d'urgence.
Une des règles du code de la route les plus difficiles à faire admettre est la limitation de vitesse sur autoroute.
Comment en effet justifier cette limitation quand l'autoroute est quasi déserte, alors que l'aspect de la voie est rassurant et que les véhicules sont capables de vitesses bien supérieures à la vitesse autorisée tout en gardant une bonne impression de confort et de sécurité?
Un accident grave dans une famille et tout bascule. Ce peut-être un enfant, un parent, un conjoint ou un proche, tué ou gravement blessé. La nouvelle arrive par une visite des gendarmes ou un coup de téléphone. Vous avez peut-être été vous-même blessé. Dans le malheur qui vous atteint, vous cherchez à comprendre, à connaître la cause du drame. Vous vous tourner alors vers la Justice, pour qu'elle apporte une réponse à vos questions.
Nous allons tenter de débroussailler un peu les dédales du Palais de Justice que vous risquez d'emprunter sans doute pour la première fois.
Alors que l'on s'apprêtait à faire une intervention sur la sécurité routière dans un lycée, on nous prévient gentiment: « surtout ne leur faites pas trop de morale, cela ne passerait pas ».
Nous nous efforçons donc, sans prêchi-prêcha, de présenter aussi objectivement que possible les risques répertoriés et bien documentés, les statistiques qui montrent le risque aggravé des jeunes conducteurs, les drames qui se cachent derrière chaque accident comptabilisé : mort, douleur des familles, fauteuil roulant à vie...
Rappelez-vous, il y a deux ans le triste bilan de la route : 12 tués dans le Loiret pour les fêtes de fin d'année, 91 tués en France pour le seul week-end du Nouvel an.
Cette période de l'année, si riche en joie et en émotion, ne doit pas tourner au cauchemar pour quelques familles.
Imagine t-on une Cie aérienne qui n'affiche pas clairement cet objectif ? Est-il concevable que, connaissant une cause de risque, elle ne fasse pas tout ce qui est en son pouvoir pour l'éliminer.
« Cela fait vingt ans que l'on sait que les véhicules les plus puissants blessent et tuent 16 fois plus que les véhicules plus légers(1). Non seulement on ne fait rien, mais on laisse le problème s'aggraver ! Il y a trente ans, 15% des véhicules neufs pouvaient atteindre plus de 150 kni/h. L'an dernier, toute l'offre automobile franco-allemande les dépassait. et un tiers dépassait les 200 km/h.»
C'est le cri d'indignation que lance le Professeur Claude Got.(2)
L'amélioration durable des comportements sur la route passe par une bonne éducation civique et par l'acquisition, dès le plus jeune âge, des réflexes de sécurité.
Quand un chauffard épris de vitesse renverse une personne âgée engagée sur un passage piéton, ce n'est évidemment pas la faute du passage piéton ; mais si le passage avait été aménagé avec un refuge central, l'accident n'aurait pas eu lieu.
Le fait que 80% des accidents soient dus à des fautes de comportement ne dispense pas les responsables de la voirie de pratiquer les aménagements urbains qui apaiseront la circulation et la rendront plus sûre.
En cas de choc sur un obstacle fixe à 50km/h, un enfant de 15 kg exerce une force de 500kg que les bras d'un adulte ne pourront pas retenir. L'enfant non attaché est transformé en projectile dans l'habitacle. Il peut alors soit se fracasser contre le pare-brise, soit blesser ses parents situés à l'avant.
L'approche des fêtes de fin d'année, nous suggère de rappeler, combien l'euphorie d'une soirée bien arrosée peut se terminer en drame si on ne prend pas les précautions d'usage pendant la fête et au moment où l'on doit prendre la route pour le retour.
Accélération intempestive et sécurité des piétons
Exposé des faits
Il y a quelques années dans l'agglomération orléanaise, mais cela aurait pu se passer dans n'importe quelle autre ville, un piéton âgé se fait renverser par une moto sur un passage zébré.
L'article de presse qui relate l'événement précise que le piéton et le motard ont d'abord eu un moment d'hésitation puis que le motard a réaccéléré au moment où le piéton reprenait sa marche. L'accident devenait inévitable. La moto a percuté le piéton de plein fouet et l'a traîné sur une quarantaine de mètres.
C'est bientôt la rentrée des classes. Parmi les nombreux préparatifs, il n'est pas inutile de penser à la sécurité de votre enfant sur le chemin de l'école, du collège ou du lycée.
Trop souvent, sur route ou autoroute, quand la circulation est fluide, on voit nombre de véhicules se suivre très rapprochés les uns des autres, au point que tout incident survenant au premier de la file risque de se répercuter, aggravé, sur tous les autres.
C'est particulièrement visible et dangereux sur les routes nationales chargées, quand une file de voitures vient s'agglutiner derrière un camion, qui roule pourtant déjà à 90 Km/h. Chaque conducteur colle à la voiture précédente, près à doubler dès qu'un créneau se présentera. Tout va bien tant que la file continue de rouler à peu près à la même vitesse. Le moindre incident qui oblige le camion à freiner rapidement, l'accident devient difficilement évitable et ce peut être le drame.
Comment faire prendre conscience du risque à un usager qui a pris de mauvaises habitudes de conduite et qui n'a pas encore eu d'accident ? C'est un défi en matière de communication. Pour lui, il est, la « preuve vivante » que l'excès de vitesse n'est pas dangereux, que l'on peut passer au feu orange ou « couler » un stop sans risque etc... à condition d'être, comme lui bien sûr, un conducteur habile et attentif. Que faire pour convaincre une « preuve vivante » ?
Ce qui fait souvent la différence entre le débutant et le conducteur expérimenté, c'est la difficulté pour le premier de prévoir ce qui peut se passer dans tel environnement de circulation.
Il se laisse surprendre par les événements et n'est pas ainsi en mesure de réagir de façon appropriée.
C'est une des raisons pour lesquelles les jeunes conducteurs ont une probabilité deux fois plus grande que leurs aînés d'avoir un accident (quatre fois plus approximativement pour le même nombre de km parcourus).
Combien de fois ne l'avons nous pas entendue cette remarque assénée sous forme de slogan ? En répétant sans cesse cette vérité trop évidente, certains prennent la lourde responsabilité de faire croire que l'on peut rouler vite sans danger.
Sur les routes nationales ou départementales, la longueur des lignes continues avant un masque de visibilité (haut de côte ou virage) est calculée de telle sorte qu'un conducteur puisse terminer un dépassement et se rabattre en sécurité avant le début de la ligne continue, si, au moment où il enclenche la manœuvre, aucun véhicule ne se présente dans son champ visuel sur la voie opposée. Le calcul est fait pour une vitesse dite de référence normalement proche de la vitesse maximale autorisée (90 ou 70km/h).
La sécurité routière a été l'un des grands chantiers du précédent quinquennat, avec les résultats encourageants que l'on connaît grâce à une volonté politique clairement affichée et soutenue au plus niveau de l'État.
Aujourd'hui, cette volonté semble s'être amoindrie, et le bilan de l'année 2007 est décevant : - 2% de tués, pour un trafic lui aussi en baisse de 2%, c'est une stagnation inadmissible. Encore faut-il considérer les 39 000 blessés graves dont plus de 4 000 porteront toute leur vie des séquelles de l'accident dont ils ont été victimes : la charge est très lourde pour les familles, mais elle l'est aussi pour la collectivité.
Le gouvernement s'est fixé un objectif intermédiaire réaliste auquel nous souscrivons: moins de 3000 morts sur nos routes en 2012. Mais le Conseil Interministériel de Sécurité Routière du 13 février 2008 n'a pris que des mesures très insuffisantes à nos yeux pour atteindre cet objectif.
La mort sur la route est le plus souvent évitable, c'est ce qui justifie notre action depuis 25 ans. C'est aussi ce qui rend indispensable une action volontariste et durable de la Nation.
C'est pourquoi nous vous demandons de prendre l'engagement de tout mettre en œuvre, au cours de votre mandat, pour que soit réduit ce fléau. Vous en trouverez le contenu dans le texte ci-joint (« 10 propositions pour sauver des vies et épargner des blessés ») que nous vous demandons de nous retourner avec votre accord.
Veuillez agréer, Madame la députée, Monsieur le député, l'expression de nos sentiments distingués.
Chantal Perrichon
Présidente de la Ligue Contre la Violence Routière