Les grands dossiers de la ligue

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Pour des véhicules conformes à la réglementation

Une préméditation collective
« Cela fait vingt ans que l'on sait que les véhicules les plus puissants blessent et tuent 16 fois plus que les véhicules plus légers. Non seulement on ne fait rien, mais on laisse le problème s'aggraver ! Il y a trente ans, 15% des véhicules neufs pouvaient atteindre plus de 150 km/h. L'an dernier, toute l'offre automobile franco-allemande les dépassait. et un tiers dépassait les 200 km/h.»

C'est le cri d'indignation que lance le Professeur Claude Got(1).
Si, depuis trente ans, les Pouvoirs publics s'étaient donnés les moyens d'une application efficace de la réglementation sur les vitesses, aucun usager n'aurait été assez fou pour payer cher un véhicule dont il n'aurait jamais pu utiliser les performances. Et aucun constructeur ne se serait lancé dans leur fabrication s'il avait été assuré de ne pas pouvoir les vendre.
Nous sommes ici devant un cas rare d'hypocrisie généralisée. Les Gouvernements successifs font semblant de limiter les vitesses et, dans le même temps, envoient des signaux pour faire comprendre qu'ils ne les feront pas appliquer. Les constructeurs le savent et construisent des véhicules de plus en plus rapides. Les usagers les achètent avec l'intention d'utiliser leurs performances en infraction avec le code de la route.
Il y a préméditation collective de ne pas respecter la loi. C'est cette dérive que la Ligue Contre la Violence Routière condamne. Aussi, nous demandons que le Gouvernement fasse preuve de conséquence en interdisant l'immatriculation des véhicules inutilement rapides.
Des objections ?
A ce compte là, si une personne tue son voisin avec un couteau de cuisine faut-il pour autant en interdire la vente ?
L'objection ne tient pas. Un couteau est conçu pour couper un bifteck. On a le droit de l'utiliser pour l'usage pour lequel il est fait sans faire courir aucun risque à autrui.
Une voiture puissante est conçue pour rouler vite. On n'a pas le droit de l'utiliser pour l'usage pour lequel elle est faite et on fait courir un risque aux autres en l'utilisant ainsi.
En interdisant les voitures puissantes, on n'empêchera pas quelqu'un de rouler à 100 Km/h en ville avec une petite voiture.
De fait, la mesure proposée ne résoudra pas tous les problèmes d'insécurité routière.
Son adoption constituera un signal fort qui manifestera la cohérence du Gouvernement et sa détermination de rétablir la légalité sur la route.
Par sécurité,on a souvent besoin d'une réserve de puissance.
La réserve de puissance est un piège, elle conduit à prendre plus de risque, elle peut surprendre les autres usagers par des accélérations intempestives.
Pour conclure : Notre souhait est que les constructeurs mettent leur savoir-faire au service de la sécurité et de l'aide à la conduite plutôt que sur des performances inutiles et dangereuses.

(1) L'information résulte des statistiques des assureurs pour la période allant de 1975 à 1988. Les voitures surpuissantes avaient en gros quatre fois plus d'accidents que les voitures légères et les dégâts causés aux tiers étaient quatre fois plus importants. Il est dommage que cette information ne soit plus documentée à partir des statistiques récentes.
(www.securite-routiere.org)
Voir aussi Claude Got «Risquer sa peau » chez Bayard édition.